Marc de café, huile, eau de cuisson : ce que l’évier ne digère pas

MAISON

PAR Antoine

On cuisine, on rince, on oublie. Pourtant tout ce qui part dans la bonde continue son chemin pendant des dizaines de mètres. Et à la première baisse de température, une partie s’arrête net. C’est là que naissent la plupart des bouchons de cuisine.

L’huile de friture, championne toutes catégories

Chaude, elle coule comme de l’eau. Froide, elle se fige en un dépôt jaunâtre qui colle aux parois. Chaque bain de friture jeté à l’évier ajoute donc une couche. Au bout de deux ans, le diamètre utile du tuyau a parfois fondu de moitié.

La bonne pratique tient en trois gestes. Laissez refroidir, transvasez dans une bouteille en plastique refermée, puis déposez-la en déchèterie. Beaucoup de communes récupèrent ces huiles pour en faire du biocarburant, gratuitement.

Le marc de café ne nettoie rien

La croyance est tenace : le marc décaperait les canalisations. En réalité, c’est un sédiment. Il ne se dissout pas, il se dépose. Et il se lie très volontiers aux graisses déjà présentes pour former une pâte compacte.

Gardez-le plutôt pour le compost, ou au pied des rosiers. Un filtre à café usagé rendra bien plus de services au jardin qu’à votre siphon.

Les faux innocents

L’eau de cuisson des pâtes emporte de l’amidon, qui gélifie en refroidissant. Le beurre fondu se comporte exactement comme l’huile. Le fromage râpé passé sous le robinet forme des filaments qui accrochent tout ce qui suit. Quant à la farine mouillée, elle durcit comme une colle.

Les épluchures, enfin, méritent une mention à part. Elles semblent inoffensives, mais elles s’accumulent dans les coudes. Un broyeur d’évier ne règle rien : il réduit la taille des morceaux sans changer leur nature, et il charge davantage le réseau en matières.

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Et le lave-vaisselle ?

Beaucoup pensent que la machine règle le problème. C’est partiellement vrai, car ses cycles chauds dissolvent une partie des corps gras. Mais l’eau finit dans la même conduite, et elle refroidit tout aussi vite en chemin. Le filtre du bas de cuve, lui, mérite un rinçage hebdomadaire sous le robinet. Un filtre encrassé renvoie les résidus dans le circuit à chaque cycle, et l’odeur de renfermé qui s’installe dans la cuve en est le premier signe.

Ce qui arrive quand on cumule

Dans les réseaux collectifs, ces dépôts se soudent entre eux et forment des masses compactes que les exploitants doivent découper. À l’échelle d’une maison, le phénomène est le même en plus petit. L’évacuation ralentit, puis une odeur apparaît, puis l’eau remonte un soir de réveillon. Lacroix Service rappelle d’ailleurs que les appels de fin d’année portent presque tous sur des cuisines, jamais sur des salles de bains.

Le cas des gros producteurs

Restaurant, gîte, chambre d’hôtes, cantine associative : dès qu’on cuisine en volume, la réglementation impose un séparateur à graisses. Cet équipement retient les corps gras avant qu’ils n’atteignent le réseau public.

Encore faut-il le vider régulièrement. Une vidange d’un bac à graisse espacée de plus de six mois laisse la couche supérieure durcir, et le dispositif ne remplit plus son rôle. Le contrôle se voit immédiatement : si la croûte dépasse quinze centimètres, l’intervention est en retard.

Trois réflexes qui changent tout

D’abord, essuyez les poêles et les plats au papier absorbant avant de les laver. Ce geste seul retire l’essentiel des graisses. Ensuite, posez une grille sur la bonde et videz-la dans le compost. Enfin, faites couler de l’eau très chaude additionnée de liquide vaisselle une fois par semaine, pendant deux minutes.

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Rien de tout cela ne prend du temps. Et ces trois habitudes suffisent à repousser de plusieurs années la première intervention sur votre évacuation de cuisine. Une cuisine qui tourne beaucoup n’use pas forcément ses tuyaux : tout dépend de ce qu’on y laisse partir.

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